# Quelles sont les fêtes les plus célèbres au Vietnam ?
Le Vietnam, pays millénaire d’Asie du Sud-Est, possède un patrimoine festif d’une richesse exceptionnelle qui reflète l’âme profonde de sa population. Chaque célébration, qu’elle soit d’origine bouddhiste, confucéenne ou animiste, constitue un moment privilégié où traditions ancestrales et modernité se rencontrent harmonieusement. Ces festivités rythment l’existence quotidienne des Vietnamiens et offrent aux visiteurs une immersion culturelle authentique dans un univers où spiritualité, histoire et convivialité s’entremêlent avec élégance.
Comprendre les fêtes vietnamiennes, c’est pénétrer au cœur même de l’identité nationale, découvrir des rituels perpétués depuis des siècles et observer comment 54 ethnies différentes contribuent à cette mosaïque culturelle unique. Ces moments de communion collective témoignent d’une société attachée à ses racines tout en évoluant constamment.
## Tết Nguyên Đán : Le Nouvel An lunaire vietnamien et ses rituels ancestraux
Le Tết Nguyên Đán représente incontestablement la célébration la plus importante du calendrier vietnamien. Cette fête marque le passage à la nouvelle année selon le calendrier luno-solaire, généralement entre fin janvier et mi-février. Durant cette période, l’ensemble du pays entre en effervescence : les villes se parent de décorations colorées, les marchés regorgent de produits festifs et une atmosphère joyeuse envahit chaque rue, chaque maison. Cette célébration ne se limite pas à une simple transition calendaire ; elle incarne le renouveau spirituel, la réconciliation familiale et l’espoir d’une année prospère.
Les préparatifs commencent plusieurs semaines avant la date officielle. Les familles nettoient méticuleusement leurs maisons selon le principe du dọn nhà, chassant symboliquement les mauvais esprits et la malchance accumulés durant l’année écoulée. Cette purification physique s’accompagne d’une purification morale : on règle ses dettes, on pardonne les offenses et on restaure les relations familiales tendues. Les Vietnamiens considèrent que l’état d’esprit avec lequel on entre dans la nouvelle année déterminera la fortune des douze mois à venir.
La première personne qui franchit le seuil de votre maison le jour du Tết déterminera votre destinée pour toute l’année – cette croyance ancestrale explique pourquoi certaines familles choisissent soigneusement qui sera leur premier visiteur.
### La préparation du Bánh Chưng et du Bánh Tét : traditions culinaires du Tết
Au Nord du Vietnam, le Bánh Chưng règne en maître sur les tables du Tết. Ce gâteau carré, symbole de la terre selon la cosmologie sino-vietnamienne, se compose de riz gluant, de haricots mungo et de porc, le tout enveloppé dans des feuilles de dong et cuit pendant douze heures. Sa préparation constitue un rituel familial où plusieurs générations se réunissent pour confectionner ces mets délicats. Dans le Sud, c’est le Bánh Tét, variante cylindrique, qui prédomine, reflétant les différences régionales qui enrichissent la culture vietnamienne.
La fabrication de ces gâteaux traditionnels dépasse largement la simple préparation culinaire. Elle représente un moment de transmission intergénérationnelle où les aînés enseignent aux plus jeunes les techniques ancestrales, racontent les légendes associées à ces mets et perpétuent ainsi un patrimoine immatériel précieux.
Dans de nombreux foyers, la cuisson de nuit des Bánh Chưng et Bánh Tét devient une véritable veillée familiale : on veille le feu, on échange des histoires, on écoute de la musique traditionnelle. Pour vous, voyageur, c’est l’une des plus belles occasions de partager le quotidien d’une famille vietnamienne, notamment si vous séjournez chez l’habitant dans le delta du Mékong ou dans les villages du Nord.
Le rituel du tất niên et la cérémonie des offrandes aux ancêtres
À l’approche du Tết, le repas de Tất Niên – littéralement « fin d’année » – marque la clôture symbolique de l’année écoulée. Ce dîner réunit toutes les générations autour de plats emblématiques : poulet bouilli, rouleaux de printemps, légumes marinés, soupe de bambou… Avant de commencer le repas, la famille dispose une partie des mets sur l’autel des ancêtres, accompagné de bâtons d’encens, de fruits et parfois d’alcool de riz.
Cette cérémonie d’offrandes, appelée cúng gia tiên, exprime la gratitude envers les aïeux et la conviction que les défunts continuent de veiller sur leurs descendants. On invite symboliquement les ancêtres à revenir partager le repas, comme si une chaise invisible leur était réservée à table. Vous verrez souvent les membres de la famille joindre les mains, fermer les yeux et formuler des vœux silencieux de santé, de réussite et de paix.
Le soir du réveillon, juste avant le passage à la nouvelle année, une seconde cérémonie vient parfois compléter le Tất Niên. Certaines familles brûlent du papier votif – maisons miniatures, vêtements, faux billets – censé parvenir au monde des esprits. Pour un voyageur curieux, assister à ces rituels permet de comprendre à quel point le culte des ancêtres structure encore la vie spirituelle vietnamienne contemporaine.
La décoration avec les branches de pêcher hoa đào et l’arbre kumquat
Au Vietnam, la décoration du Tết joue un rôle aussi important que le sapin de Noël en Europe. Dans le Nord, les familles achètent de grandes branches de pêcher en fleurs, les célèbres Hoa Đào. Leur floraison rose délicat symbolise le renouveau, la jeunesse et la chance. À Hanoï, les marchés aux fleurs – notamment celui de Quảng Bá – se transforment en mers de rose, où les familles choisissent avec soin la branche la plus harmonieuse pour leur salon.
Dans le Sud et dans le centre du Vietnam, ce sont les fleurs d’abricotier jaune (Hoa Mai) qui dominent. Leur couleur or évoque la prospérité et la richesse. Partout dans le pays, l’arbre kumquat chargé de petits fruits orangés trône au milieu des maisons, des hôtels ou des halls d’immeubles. Plus l’arbre est touffu, couvert de fruits et de feuilles, plus il est considéré comme de bon augure pour l’année à venir.
Pour vous qui préparez un voyage au Vietnam pendant le Tết, flâner dans ces marchés aux fleurs est une expérience sensorielle à part entière. L’odeur des pétales et des agrumes se mêle à celle de l’encens et de la cuisine de rue, tandis que les marchands ajustent, emballent et chargent les arbres sur des dizaines de scooters – véritable ballet urbain qui résume à lui seul l’énergie du pays.
La coutume du li xi : enveloppes rouges et superstitions du premier jour
Le matin du premier jour de l’année lunaire, les enfants se lèvent tôt, enfilent leurs plus beaux vêtements – souvent un áo dài traditionnel – et viennent présenter leurs vœux aux parents et grands-parents. En retour, ils reçoivent les fameuses enveloppes rouges appelées Li Xi, contenant quelques billets neufs. Le rouge, couleur de la chance en Asie, conjugué à l’argent, est censé attirer prospérité et bonheur pour toute l’année.
Mais la coutume du Li Xi va au-delà d’un simple cadeau monétaire. Elle témoigne du respect des plus jeunes envers les aînés et de la responsabilité des adultes à « ouvrir la fortune » pour leurs descendants. Certaines familles sont très attentives au montant des enveloppes, évitant les chiffres jugés néfastes et privilégiant ceux associés à la chance, comme le 6 ou le 8. Vous verrez aussi qu’on évite de donner des billets froissés ou usés : la nouveauté symbolise le nouveau cycle qui commence.
Parallèlement, une autre superstition guide les premiers instants de l’année : celle du xông nhà, la « première entrée » dans la maison. La première personne qui franchit le seuil après minuit est supposée influencer la chance de toute la famille pour les douze mois à venir. Certaines maisons invitent donc délibérément une personne réputée pour sa réussite ou son caractère joyeux à jouer ce rôle. En tant que visiteur, on vous demandera parfois de revenir le deuxième ou le troisième jour, justement pour ne pas perturber ce délicat équilibre symbolique.
Les festivités à hanoï, hô chi Minh-Ville et dans le delta du mékong
Si l’ambiance familiale est au cœur du Tết, les grandes villes vietnamiennes proposent également de nombreux événements publics. À Hanoï, autour du lac Hoàn Kiếm, des spectacles de musique traditionnelle, de danse du dragon et de calligraphie se succèdent, tandis que les rues piétonnes se couvrent de stands de spécialités et de jeux populaires. Les feux d’artifice, tirés à minuit dans plusieurs points de la capitale, attirent des milliers de personnes dans une atmosphère joyeuse mais globalement paisible.
À Hô Chi Minh-Ville, l’ambiance est plus effervescente encore. La rue des fleurs de Nguyễn Huệ, décorée chaque année selon un thème différent, devient l’un des lieux les plus photographiés du pays. On s’y promène en famille, on prend des photos en áo dài, on déguste des snacks typiques du Sud. Toutefois, gardez à l’esprit que beaucoup de commerces, restaurants et musées ferment pendant deux à trois jours ; mieux vaut donc planifier vos visites et réservations de transports à l’avance.
Dans le delta du Mékong, le Tết prend souvent des allures plus rurales et intimistes. Les marchés flottants se parent de couleurs nouvelles, les bateaux sont décorés de fleurs et de banderoles, et les familles accueillent chaleureusement les visiteurs étrangers curieux. Si vous avez envie de vivre un Tết plus authentique, loin des grandes foules, passer quelques jours dans une maison d’hôtes au bord d’un canal est une excellente option pour découvrir les coutumes du Sud.
La fête des lanternes hội an et le festival tết trung thu
L’illumination nocturne du quartier ancien de hội an classé UNESCO
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’ancienne ville de Hội An est célèbre pour son atmosphère hors du temps. Chaque 14e jour du mois lunaire, la ville éteint presque toutes ses lumières électriques dans le centre historique pour laisser place à la douce lueur des lanternes en soie. Les façades jaunes, les maisons en bois et les temples se reflètent alors dans la rivière, créant un décor quasi théâtral.
Les habitants suspendent des lanternes de toutes tailles devant leurs maisons et leurs commerces, tandis que les ruelles se remplissent de visiteurs marchant au ralenti, comme dans un musée à ciel ouvert. Vous entendrez le cliquetis des tasses de thé, le bruissement des bambous dans les cours et parfois des airs de musique traditionnelle. Pour beaucoup de voyageurs, cette soirée à Hội An est l’une des expériences les plus mémorables de leur séjour au Vietnam.
Pour profiter pleinement de cette fête des lanternes, il est conseillé de réserver son hébergement plusieurs semaines à l’avance, en particulier entre septembre et mars, lorsque la saison touristique bat son plein. Arriver en fin d’après-midi permet d’observer la transformation progressive de la ville, du jour vers la nuit illuminée uniquement par les lanternes.
Les lanternes flottantes sur la rivière thu bồn
Au cœur de la fête, la rivière Thu Bồn devient le théâtre d’un rituel poétique : le lâcher de lanternes flottantes. Pour quelques dizaines de milliers de dongs, vous pouvez acheter une petite lanterne en papier coloré, y glisser une bougie et la déposer sur l’eau depuis le quai ou depuis une barque traditionnelle. Chaque lanterne emporte avec elle un vœu de santé, d’amour ou de réussite.
Vous vous demandez peut-être si ce geste est purement touristique ? En réalité, il s’enracine dans la tradition locale d’honorer les esprits de l’eau et de purifier symboliquement les soucis du quotidien. La rivière, comme un long fil de soie sombre, se couvre peu à peu de points lumineux qui s’éloignent vers l’aval. C’est un moment de recueillement silencieux, en contraste avec l’animation des ruelles, un peu comme si la ville retenait son souffle pendant quelques instants.
Si vous choisissez d’embarquer sur une barque pour déposer votre lanterne, n’hésitez pas à échanger avec les bateliers, souvent de véritables témoins de l’évolution de Hội An. Ils vous raconteront comment la ville, autrefois port marchand très actif, est devenue ce joyau touristique sans pour autant perdre son âme.
La fête de la mi-automne et les défilés de licornes múa lân
Le Tết Trung Thu, ou Fête de la mi-automne, se tient le 15e jour du 8e mois lunaire, généralement en septembre ou début octobre. Traditionnellement dédiée à la contemplation de la lune et aux récoltes, elle est aujourd’hui considérée comme la fête des enfants par excellence. Dans tout le Vietnam, mais particulièrement à Hội An, Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, les rues s’animent de défilés de licornes (Múa Lân) et de tambours tonitruants.
Les troupes de jeunes danseurs, vêtus de costumes colorés, parcourent les quartiers pour exécuter des chorégraphies rythmées. La « licorne » – en réalité un lion asiatique – bondit, tourne, se cache, puis surgit au son puissant des percussions. Les commerçants et les familles les invitent à danser devant leur porte en échange de petites enveloppes rouges ou de friandises, espérant ainsi attirer la bonne fortune.
Pour les enfants, c’est aussi le moment de parader avec des lanternes en forme d’étoile, de poisson, de papillon ou de personnage de dessin animé. Les écoles organisent fréquemment des soirées où l’on raconte les légendes liées à la lune, comme celle de Cuội, le garçon monté au ciel avec son banian magique. En tant que visiteur, vous pouvez facilement vous joindre aux défilés, acheter une lanterne et vous laisser porter par cette joyeuse cacophonie de couleurs et de sons.
Les gâteaux de lune bánh trung thu et leurs garnitures traditionnelles
Aucune Fête de la mi-automne ne serait complète sans les célèbres Bánh Trung Thu, les gâteaux de lune vietnamiens. Ronds ou carrés, décorés de motifs en relief, ils sont traditionnellement offerts en cadeau aux parents, amis et partenaires professionnels. Leur dégustation, souvent accompagnée de thé vert ou de thé au chrysanthème, est l’équivalent asiatique des moments de partage autour d’un gâteau familial en Europe.
Les garnitures traditionnelles combinent pâte de haricot mungo, graines de lotus, pâte de jujube, noix, graines de pastèque, parfois jaunes d’œufs salés qui symbolisent la lune. Depuis quelques années, des versions modernes apparaissent : chocolat, café, durian, fruits de mer, voire garnitures glacées. Ce mélange de tradition et d’innovation reflète bien l’évolution de la société vietnamienne, partagée entre respect du passé et goût pour la nouveauté.
Si vous voyagez au Vietnam à cette période, profitez-en pour visiter les boulangeries et stands saisonniers qui fleurissent dans toutes les villes. Vous pourrez goûter différentes recettes et peut-être rapporter quelques boîtes de gâteaux de lune en souvenir. Veillez toutefois à vérifier la date de péremption, car ces produits, riches et délicats, ont une durée de conservation limitée.
Tết đoan ngọ : le festival du cinquième mois lunaire et ses pratiques sanitaires
Le Tết Đoan Ngọ, célébré le 5e jour du 5e mois lunaire, est souvent surnommé au Vietnam la « fête pour tuer les insectes ». Derrière cette expression imagée se cache une ancienne pratique de prévention sanitaire. À cette période de l’année, marquée par la montée des chaleurs et l’humidité, on pense que les parasites et maladies « se réveillent ». Les Vietnamiens consomment alors des aliments acides, amers ou fermentés pour « nettoyer » le corps, un peu comme on effectue un grand ménage de printemps dans sa maison.
Au petit matin, il est courant de manger du riz gluant fermenté, des fruits encore un peu verts comme les prunes ou les litchis, ainsi que des gâteaux spécifiques. On croit que ce choc gustatif met fin à l’« invasion » des insectes internes symboliques. Les enfants, en particulier, sont encouragés à participer à ce rituel pour renforcer leur santé. Cette approche traditionnelle n’a bien sûr pas de valeur médicale prouvée, mais elle témoigne d’une forme de sagesse populaire attentive aux changements de saison.
Dans certaines régions rurales, le Tết Đoan Ngọ s’accompagne de pratiques liées aux plantes médicinales. On cueille des herbes au lever du soleil pour préparer des décoctions ou des bains parfumés censés protéger des maux de l’été. Pour un voyageur, partager ce moment avec une famille locale, goûter au riz gluant fermenté ou participer à la cueillette des herbes est une manière originale de découvrir la médecine traditionnelle vietnamienne, à mi-chemin entre croyances ancestrales et observation empirique de la nature.
Le festival des parfums à la pagode hương et le pèlerinage annuel
L’ascension vers le sommet hương tích dans les montagnes de hà tây
La Fête de la pagode des Parfums, ou Lễ hội chùa Hương, est l’un des plus grands pèlerinages bouddhistes du Vietnam. Elle débute le 6e jour du 1er mois lunaire et peut s’étendre jusqu’à la fin du 3e mois. La pagode Hương se situe au cœur d’un massif karstique, dans l’ancienne province de Hà Tây (aujourd’hui intégrée à Hanoï). Pour les pèlerins, l’ascension vers la grotte Hương Tích représente autant un effort physique qu’un cheminement spirituel.
Après une première étape en barque sur la rivière Yến, les fidèles entament la montée par un sentier de pierre bordé de forêts, de petits sanctuaires et d’échoppes où l’on vend encens, fleurs et offrandes. L’analogie avec un chemin de croix bouddhiste vient naturellement à l’esprit : à chaque halte, on peut prier, se reposer ou méditer. Les plus sportifs choisissent la montée à pied, tandis que d’autres optent pour le téléphérique, qui offre une vue spectaculaire sur les montagnes calcaires et les vallées environnantes.
Arriver à Hương Tích, « la grotte des parfums », est vécu comme l’aboutissement du pèlerinage. L’entrée de la grotte, entourée de stalactites et de stalagmites, est considérée par la tradition comme la « plus belle grotte du ciel Sud ». À l’intérieur, l’air frais, l’odeur d’encens et la lumière vacillante des bougies créent une atmosphère presque irréelle, propice au recueillement.
Les processions fluviales sur la rivière yến et les barques traditionnelles
Le voyage vers la pagode Hương commence invariablement sur la rivière Yến, long ruban d’eau serpentant entre les rizières et les pics calcaires. Des centaines de barques métalliques peintes, manœuvrées à la rame par des femmes et des hommes du village, assurent la traversée. Assis à même le plancher, vous glissez silencieusement sur l’eau, accompagné du clapotis des rames et du murmure des conversations des pèlerins.
Durant la saison du festival, la rivière devient une véritable procession flottante. Certaines embarcations transportent des familles entières, d’autres des groupes de fidèles venus de provinces lointaines. Sur les berges, on aperçoit des paysans travaillant dans les rizières, des buffles paissant paisiblement, des enfants jouant au bord de l’eau. C’est un tableau vivant du Vietnam rural, où la dimension spirituelle se mêle étroitement à la vie quotidienne.
Pour limiter l’impact touristique et mieux organiser les flux, les autorités locales imposent des quotas de barques et des horaires précis. Si vous souhaitez participer à ce pèlerinage, il est recommandé de venir en semaine et d’éviter les tout premiers jours du festival, particulièrement fréquentés. Vous bénéficierez ainsi d’une ambiance plus sereine et d’échanges plus faciles avec les habitants.
Les rituels bouddhistes à la grotte hương tích chùa trong
Au cœur de la grotte Hương Tích se trouve la pagode intérieure, Chùa Trong, où se concentrent les principaux rituels. Les fidèles apportent fleurs, fruits, gâteaux et parfois cochons de lait rôtis qu’ils déposent sur les autels. Ils allument de l’encens, joignent les mains et formulent des prières pour la santé, la réussite scolaire de leurs enfants, la prospérité des affaires ou simplement la paix intérieure.
La roche de la grotte est elle-même chargée de symboles. Certaines stalactites sont censées favoriser la fécondité, d’autres la réussite ou la longévité. On touche, on caresse, on murmure des vœux, un peu comme on le ferait devant une fontaine à souhaits en Europe. Cette interaction très physique avec le lieu sacré illustre la manière dont le bouddhisme vietnamien s’entrelace avec des croyances populaires et animistes.
En tant que visiteur, il est important d’adopter une attitude respectueuse : se couvrir les épaules et les genoux, éviter de parler trop fort, contourner les fidèles en prière plutôt que de passer devant eux. N’hésitez pas à observer d’abord avant de participer aux rituels ; les habitants seront généralement ravis de vous expliquer la signification de chaque geste si vous manifestez un véritable intérêt.
La fête du temple des rois hùng et le culte des fondateurs de la nation
Parmi les fêtes les plus célèbres au Vietnam, la Fête du Temple des Rois Hùng (Giỗ Tổ Hùng Vương) occupe une place à part. Célébrée le 10e jour du 3e mois lunaire dans la province de Phú Thọ, à environ 90 km au nord-ouest de Hanoï, elle commémore les rois Hùng, considérés comme les fondateurs légendaires de la nation vietnamienne. Selon la tradition, 18 générations de rois Hùng auraient régné sur le royaume de Văn Lang, berceau de la culture vietnamienne.
Le site du temple des Rois Hùng est perché sur une colline boisée, entourée de forêts et de rizières. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes gravissent les marches menant aux différents sanctuaires, portant bannières, plateaux d’offrandes et parfois des palanquins richement décorés. L’ambiance rappelle celle des grandes fêtes nationales européennes, mêlant ferveur patriotique et piété religieuse.
Au sommet, la cérémonie officielle réunit représentants de l’État, autorités religieuses et délégations venues de toutes les régions du pays. Des offrandes de riz, de gâteaux Bánh Chưng et Bánh Dày, de fruits et de vin de riz sont présentées aux rois Hùng, dans un geste de gratitude pour avoir « bâti le pays » (dựng nước). Cette fête a d’ailleurs été reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, soulignant son importance dans la construction de l’identité nationale vietnamienne.
Pour les Vietnamiens, participer à cette fête, c’est un peu comme remonter aux racines de leur histoire. L’expression populaire « Uống nước nhớ nguồn » – « quand on boit de l’eau, se souvenir de sa source » – trouve ici une résonance particulière. Si votre itinéraire au Vietnam coïncide avec cette date, une excursion à Phú Thọ vous permettra de ressentir concrètement ce lien profond entre mémoire historique, mythologie et fierté contemporaine.
Les festivals régionaux spécifiques : du kate cham à ninh thuận au gióng de phù đổng
Le festival kate de la communauté cham et les tours po klong garai
Au sud du centre du Vietnam, dans les provinces de Ninh Thuận et Bình Thuận, la communauté Cham perpétue des traditions à la croisée de l’hindouisme et des cultes locaux. Le festival Kate, célébré généralement en octobre selon le calendrier lunaire cham, est l’une de leurs fêtes les plus importantes. Il rend hommage aux divinités et aux ancêtres royaux, notamment à la déesse-mère Po Nagar et au roi Po Klong Garai.
Les tours cham de Po Klong Garai, près de la ville de Phan Rang, deviennent alors le centre des cérémonies. Des prêtres cham en costume traditionnel – turban blanc, tunique – dirigent les rituels d’offrandes, de prières et de musique. On y joue des instruments ancestraux comme le ginang (tambour) et le saranai (hautbois), dont les sons puissants résonnent entre les briques millénaires des tours, un peu comme l’orgue emplit une cathédrale gothique.
Le festival Kate est aussi un moment de célébration communautaire : danses en groupes, banquets, rencontres familiales, échanges de produits artisanaux et textiles. Pour vous, voyageur, c’est une occasion rare d’observer une culture minoritaire encore très vivante, avec ses propres langues, costumes et rituels. Il est toutefois recommandé de se faire accompagner par un guide local pour mieux comprendre le sens des cérémonies et respecter les règles implicites du culte.
La procession du saint gióng à sóc sơn et les traditions martiales
Au nord de Hanoï, le festival de Gióng, organisé dans les districts de Sóc Sơn et de Gia Lâm, rend hommage au héros légendaire Thánh Gióng, l’un des « quatre immortels » du panthéon vietnamien. Selon la légende, cet enfant miraculeux, devenu géant, aurait repoussé les envahisseurs étrangers avant de s’envoler vers le ciel sur son cheval de fer. Ce récit, que tous les écoliers vietnamiens connaissent, symbolise la résistance et la détermination du peuple face aux agressions extérieures.
Le festival, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, se déroule entre le 6e et le 12e jour du 1er mois lunaire. Il met en scène de grandes processions où l’on porte des palanquins, des bannières, des armes cérémonielles et des représentations du cheval de Gióng. Des « combats simulés » rejouent la bataille contre les envahisseurs, avec des jeunes du village tenant le rôle des soldats, dans une ambiance à la fois théâtrale et solennelle.
Les traditions martiales occupent une place centrale : démonstrations d’arts martiaux, port de costumes militaires anciens, cris de guerre rituels. Pour le visiteur, assister à ce festival, c’est comme assister à une reconstitution historique mêlée de ferveur religieuse. On y ressent l’importance de la notion de « défense de la patrie » (bảo vệ Tổ quốc) dans la mémoire collective vietnamienne.
Le festival lim des chants quan họ dans la province de bắc ninh
Enfin, impossible d’évoquer les fêtes célèbres du Vietnam sans mentionner le festival de Lim, dans la province de Bắc Ninh, au nord-est de Hanoï. Ce festival, qui se tient du 12 au 13e jour du 1er mois lunaire, célèbre l’art vocal quan họ, une forme de chant alterné entre hommes et femmes, classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Les chanteurs, vêtus de costumes traditionnels – tuniques brunes, chapeaux plats pour les femmes, turbans pour les hommes – se répondent en couplets poétiques sur des mélodies raffinées.
Les scènes de chant peuvent se tenir dans des pagodes, sur des collines, au bord des étangs ou même sur des barques flottant sur l’eau. L’atmosphère y est à la fois romantique et contemplative. Les textes évoquent l’amour, la fidélité, la beauté de la campagne, mais aussi la nostalgie et la séparation. Pour beaucoup, le quan họ est au Vietnam ce que le fado est au Portugal ou le flamenco à l’Andalousie : une expression musicale profondément enracinée dans une région et son histoire.
Outre les chants, le festival Lim propose des jeux populaires comme les balançoires en bambou géantes, le tir à la corde ou les échecs humains. C’est une fête idéale si vous souhaitez combiner découverte musicale et immersion dans la vie rurale du Nord Vietnam. Prendre le temps d’écouter, de laisser les mélodies vous envelopper, c’est aussi une façon de ralentir le rythme de votre voyage et de vous connecter à la dimension la plus intime de la culture vietnamienne.